PHYSALIS

Theatre

Physalis est à mi-chemin entre la pièce de théâtre et le poème. Le texte ne raconte pas une histoire « classique » avec un début, un milieu et une fin, mais des instants de vies. La notion d’espace est abolie : plusieurs lieux se trouvent rassemblés sur scène. Chaque personnage donne corps à ces différents univers. Les rôles portent le nom de l’endroit où ils ont laissé leur empreinte.

C’est un texte que j’ai souhaité « éclaté », que les mots s’apparentent à des bris de verre, des lambeaux. Sur les premières pages, les répliques sont comme lancées dans le vide. Elles ne semblent adressées à personne, telles des bouteilles à la mer qui n’attendraient aucune réponse. Les mots sortent, par le seul besoin d’être expulsés. Leur sens est parfois énigmatique. Les personnages sont isolés, inconscients des autres. Au fil du texte, des dialogues se tissent entre les différents rôles/lieux, et se dessine finalement l’histoire, le lien apparaît entre ces êtres que rien ne semblaient pouvoir rapprocher.

Physalis illustre la solitude aux multiples visages, et à travers elle, l’enfermement, qu’il soit concret au métaphorique, voulu ou subi. J’ai donc choisi de mettre en avant les lieux, les murs. Ce sont eux qui s’expriment, qui « rejettent » ce qu’ils ont emmagasiné. Il était nécessaire qu’ils soient hétéroclites, que la souffrance évoquée soit indifférente aux milieux sociaux, comme au sexe des personnages. Ainsi, l’Appartement des beaux quartiers côtoie le Club libertin, le Studio délabré s’entiche de l’Hôpital psychiatrique, tandis qu’à l’écart, une Villa les observe, les juge, proclame des vérités cruelles, éclaire leurs chemins tout en ne leur épargnant aucune pique. Elle les attire vers elle, comme une promesse d’un avenir meilleur, d’une sérénité retrouvée. Elle est à la fois la petite voix en chacun de nous et une entité omnisciente, une divinité ni bonne, ni mauvaise. Elle pourrait être la Vie elle-même.

Face au manque et au vide que les personnages expriment, le thème de la dépendance s’est imposé, comme un contrepoids leur permettant de survivre, ne serait-ce qu’un temps. Là aussi, cette notion s’est adaptée à chacun : dépendance affective, addiction aux drogues, aux médicaments, aux rapports charnels… Pour autant, chacune trahit le même refus de voir la vérité en face, une manière de fuir, de fuir.

Malgré la noirceur de l’histoire, l’amour et l’espoir y gardent une place importante. Ce sont eux qui sauveront certains personnages. Ce sont aussi ces deux thèmes que l’on peut discerner à travers le titre du texte. Physalis, plante ornementale également nommée Amour-en-cage. C’est là le socle de l’oeuvre : qu’il soit prisonnier ou non, exprimé ou réprimé, l’amour est et restera.

 Sebastian Regert

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Physalis
Sebastian Regert

La pieuvre

« L’APPARTEMENT. Jamais je ne t’aurais cru capable d’une telle irrévérence à mon égard. Ton œuvre imbécile et prétentieuse n’a donc pas suffi. À l’encre et au papier devaient se succéder la chair et le sang, des êtres vivants pour que parlent les morts et les disparus, tes Absents. Sombre idiot. Je ne suis pas le

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Physalis
Sebastian Regert

Nos Amours emprisonnés

LE STUDIO. J’ai tout de suite eu envie de lui parler, de le connaître. Au premier regard. C’est le sien qui m’a séduit. Bien qu’il fût éloigné de moi, occupé à parler à une poufiasse en robe moulante, j’ai remarqué son regard. Vide, ravagé. Comme deux plaies, deux impacts de balles qui vivaient. Et sa

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Physalis
Sebastian Regert

Le manque

« LE STUDIO. Il n’a pas besoin de me frapper, de m’insulter pour me faire mal. Il lui suffit de me regarder. Quand dans ses yeux je ne vois rien. Parfois, il est aussi froid que ses yeux sont durs. Jette ses pupilles sur moi. Pierres gelées. C’est à la figure que je les reçois. Un

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Physalis
Sebastian Regert

Les craquements du plancher

« L’APPARTEMENT. Je quitte l’appartement, me fond dans la nuit. Ombre parmi les ombres, j’observe ce qui m’entoure. Les lumières des immeubles, les terrasses bondées, leur chaleur venant me caresser. Dans les restaurants, des tête-à-tête, des sourires. Des conversations dont je ne saurai jamais rien. On ne me regarde pas. On ne me voit pas. Je

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