Les craquements du plancher

« L’APPARTEMENT. Je quitte l’appartement, me fond dans la nuit. Ombre parmi les ombres, j’observe ce qui m’entoure. Les lumières des immeubles, les terrasses bondées, leur chaleur venant me caresser. Dans les restaurants, des tête-à-tête, des sourires. Des conversations dont je ne saurai jamais rien. On ne me regarde pas. On ne me voit pas. Je les quitte à regret, j’aurai aimé connaître leurs secrets, ceux qu’ils n’ont peut-être pas. Je regarde les anonymes. Les vivants. Je les contemple et aimerai être des leurs. Je les contemple et comprends que déjà, je suis morte. Que ceci n’est pas vivre. J’erre pendant de longues minutes. Il y a tant de monde dans les rues. Partout. Tant de monde. Comment puis-je être seule. Aussi seule. C’est sûrement que je dois le vouloir un peu. Sûrement que je le veux. Je le veux. Je rentre chez moi. Je rentre toujours. Et je fais les cent pas. Pour écouter le bruit de mes talons sur le parquet. Parce que ma respiration, parce que les battements de mon cœur sont trop infimes, imperceptibles, j’écoute le bruit de mes talons. Comme une preuve de mon existence. Le bruit de mes talons. Pour rompre le silence. Les craquements du plancher sont aussi les miens. Et vient toujours l’heure où je rejoins ce lit trop grand, m’endors seule dans cette quiétude qui m’enveloppe jusqu’à m’étouffer et pèse au-dessus de moi comme une menace constante. »

 

Les craquements du plancher, extrait de Physalis ©, pièce de théâtre de Sebastian Regert.

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