Le manque

« LE STUDIO. Il n’a pas besoin de me frapper, de m’insulter pour me faire mal. Il lui suffit de me regarder. Quand dans ses yeux je ne vois rien. Parfois, il est aussi froid que ses yeux sont durs. Jette ses pupilles sur moi. Pierres gelées. C’est à la figure que je les reçois. Un seul de ses regards pourrait me lyncher. Le dos tourné, il se fait plus violent encore. Barbare dans le rien, dans l’absent. Il me lapide, me massacre, sans effusion de sang, m’écorche l’âme. Il fait traîner l’agonie. Et j’aime ça. Ce pouvoir de destructions qu’il a sur moi. Je dois être fou, moi aussi. À désirer la ruine, l’ensevelissement. Disparaître sous ses pieds, définitivement. Qu’il m’enterre vivant. Et que sur ma tombe il bâtisse son empire. Je dois être malade. Peu importe, puisque j’en jouis. J’attends le prochain coup, pourvu qu’il soit de lui. Sa distance, son silence. Il me fascine. Il est plus fort que n’importe quelle came. Plus fort que la tise, le shit, la coke, l’ecsta et l’héro réunis. Plus que les acides, les champis, les cachetons. Il est au-delà de ça. Il agit même quand il n’est pas. Sans m’avoir donné quoi que ce soit. Il fait subir le manque sans jamais avoir été là. »

 

Le manque, extrait de Physalis ©, pièce de théâtre de Sebastian Regert.

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