Faire « comme si »

« Hervé lui donnait l’assaut dans les combles qui lui servaient de chambre, seule zone où les Trois la laissaient en paix. Hervé, lui, y montait. Ses pas étaient lourds sur les barreaux de l’échelle, pesants sous le poids de son appétit. En l’entendant gravir les échelons, elle se le représentait comme un tas de viande gonflée de foutre. Elle l’imaginait prêt à l’agresser, lui qui tuait plus d’une centaine de vaches par jour aux abattoirs. Elle appréhendait qu’il puisse surgir armé d’un de ces instruments de mort, pour lui faire peur, ou pour un jeu sexuel déviant dont il aurait eu le secret. À son arrivée dans les combles, Hervé refermait la trappe derrière lui, la verrouillait. Ce geste violent semblait la condamner à des souffrances à venir, muettes et sans issue. Élisa l’embrassait pourtant, mais elle le faisait par principe, sans passion, sans plaisir, comme son père embrassait sa mère. Lorsqu’elle couchait avec Hervé, elle restait allongée sur le dos tout du long, observait le plafond, les murs, examinait les craquelures, les fissures s’agrandissant. Les faucheuses errant au-dessus du lit. Elle poussait un petit gémissement au final, pour faire plaisir, faire « comme ci ». Du plaisir, elle n’arrivait pas à en éprouver, ne prenait même plus la peine de le simuler avant qu’Hervé se vide en elle de son trop plein de sperme. Elle le laissait la bourrer de son insipidité grossière. Leur rapport hebdomadaire était synonyme d’ennui et de douleur. Hervé était brutal, lui écrasait les seins, les malmenait avec la force de l’excitation. Souvent, il l’écœurait, en ramenant du travail une odeur de sang. Ce parfum de mort était devenu le sien. Leurs ébats avaient l’odeur des abattoirs. »

 

Faire « comme si », extrait de Kauma ©, roman de Sebastian Regert.

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