Rejoins-moi

L'hypothèse d'un mot de toi

Après-Toi – Partie IV.

 

JOUR INCONNU
Je ne quitte plus l’appartement. Je me fais livrer des pizzas, et de temps à autres des plats japonais, pour équilibrer. C’est ridicule, il faudra bien que je sorte un jour.

Le téléphone sonne. Je reconnais le numéro de mes parents. Je ne réponds pas. Je ne répondrai plus. Leurs questions, leur tendresse, leurs inquiétudes m’exaspèrent, tant qu’il me vient parfois l’envie de leur hurler que je n’ai pas besoin d’eux, que je ne suis plus un enfant, et que oui, je suis fort, et que oui, je survivrai à ce drame, sans leur présence, sans leurs pensées affectueuses.

J’ignore quel jour on est. Peut-être que mon arrêt maladie a pris fin, peut-être pas. Je m’en fous. Et le téléphone sonne à nouveau, et c’est encore mes parents, et je ne réponds toujours pas, et ils me laissent un message que je n’écouterai pas.

Je reste au lit, je passe mon temps à penser à toi, à regarder tes photos, et j’en viens même, cliché en main, à me masturber, plusieurs fois, et le plaisir laisse toujours place à la douleur, à la honte.

Les draps sont souillés.

 

JOUR INCONNU
Quelque chose m’attire dans la salle de bain. Je n’y suis pas entré depuis plusieurs jours, je ne me lave plus, je ne me brosse plus les dents. Mais aujourd’hui, je ressens une attraction très forte. Je suis décidé à affronter cette pièce.

Tes produits de beauté. Ton parfum, resté dans le lavabo. Ta serviette. La baignoire.

C’est Là.

L’idée de prendre un bain. J’ouvre les robinets, qui crachent un jet d’eau brûlante. Je laisse la baignoire se remplir, me munit des ciseaux. Je me glisse dans l’eau, éprouve aussitôt un plaisir intense, une sorte de soulagement. Soudain, la sonnette de la porte d’entrée retentit. Une fois. Deux fois. Une troisième fois, plus longue que les précédentes. Je sais qui se trouve dehors, fous d’inquiétude. Mais je ne veux plus d’eux. La vapeur emplit la pièce. Il fait si bon… si chaud… je me crois dans un rêve… je vais sûrement m’endormir…

Rejoins-moi.

Une voix de femme crie mon prénom. Je suis si loin désormais… Elle crie à nouveau. Des mots inaudibles. La voix de ma mère. Elle crie. Je ne m’en veux même pas de la faire hurler. Je ferme les yeux, apaisé.

Puis, le néant.

 

Rejoins-moi, extrait d’ « Après-Toi« © (quatrième partie, à suivre), nouvelle de Sebastian Regert.

 

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