L’abîme

 » Il considéra le vide. Il connaissait la dangerosité de cet endroit. Les falaises s’effritaient, reculaient de jour en jour. Quelquefois, des pans de roches entiers s’effondraient. Il était conscient de la menace, mais il avança encore un peu. Dans son dos, il sentait peser un tout autre mal, rivalisant avec l’abîme. Celui-là se dressait sur les hauteurs du village, et offrait l’aspect d’une superbe propriété dominant les environs. La maison d’hôtes des Levasseur. Alice allait y pénétrer, sous le masque d’une cliente lambda. Elle aussi, elle avancerait vers le danger, un gouffre plus hypocrite, que seule l’âme humaine sait creuser.

Il devait l’en empêcher. Son retour au village n’était pas sain. Il fallait contrer cela. Lui faire entendre raison ? Il avait déjà multiplié les arguments. Tous s’étaient révélés vains. Le danger enivrait Alice, terrassait la raison et ses précautions. Devait-il prévenir Aurore Levasseur, ou même l’un de ses employés de maison ? Oui, les avertir. L’entendrait-ils seulement ? Il fallait tenter quelque chose.

Il jeta un dernier regard à la demeure. Qui aurait pu croire que ces murs avaient abrité tant d’horreurs ? Alice ignorait tout cela. Il était vital qu’elle n’en ait jamais le moindre écho. Pour la préserver. Pour éviter un nouveau drame.

Dans un coin de son esprit, il réentendit la voix de la jeune femme lui chuchoter : « Ne t’en fais pas, tout ira bien. Tu me connais, non ? ».

Oui, il la connaissait. Elle était capable du pire. »

 

L’abîme, extrait d’Arlena ©, roman de Sebastian Regert.

 

 

Laisser un commentaire