Le voyeur

« Paul avait pris pour habitude de scruter l’extérieur. D’observer la maison, en particulier. Depuis la fenêtre de la dépendance, il avait vue sur un grand nombre de pièces, sur leurs occupants. Au rez-de-chaussée, le bureau de sa patronne, la salle à manger et la salle de musique. Au premier étage, il distinguait l’intérieur de la chambre d’Aurore, pouvait l’y voir s’y vêtir. Sous les toits, que Mathilde appelait pompeusement « troisième étage », se trouvait la chambre de la bonne, et, lorsque sa fenêtre était ouverte, il y apercevait le haut de sa grande armoire. Mais c’était au centre du deuxième étage que résidait son obsession : la chambre verte. L’ancienne chambre du père, devenue celle d’Astrid.

Cette nuit-là, une apparition avait perturbé sa surveillance. Avançant à tâtons dans le jardin, une silhouette féminine s’était figée pour examiner les occupants réunis autour du dîner. Paul avait aussitôt flairé en elle quelque chose de suspect, son corps chargé d’intentions troubles. Personne ne surgissait ainsi pour épier l’intérieur d’une maison. Cela trahissait un esprit dérangé. Cela aurait pu être Arlena.

Il remarqua la valise de l’inconnue, observa sa silhouette, sa taille et ses courbes. Elle n’était pas Arlena. Elle était peut-être pire. La réalité pouvait se faire plus sombre que le cauchemar.

Il épiait celle qui épiait. De sa fenêtre, il voyait tout et ne disait rien. Il était un lâche. Il l’avait toujours été.

Et si elle leur faisait du mal ?

Il agirait, bien sûr, il sortirait de chez lui.

Si elle faisait un carnage ?

Il irait voir, le nez collé aux vitres. Voir de plus près. »

Le voyeur, extrait d’Arlena ©, roman de Sebastian Regert.

Laisser un commentaire